Accord Nouvelle-Calédonie : face aux menaces, une protection policière proposée aux élus calédoniens de retour de Bougival - Outre-mer La 1ère
Après avoir trouvé un compromis sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, indépendantistes et non-indépendantistes doivent maintenant défendre l'accord auprès de la population calédonienne. Mais, dans les deux camps, certains refusent les concessions faites par leurs représentants. Selon les informations de France Inter, une protection policière a donc été proposée aux élus qui retournent sur le Caillou.
Alcide Ponga, Veylma Falaeo, Nicolas Metzdorf, Georges Naturel et Sonia Backès à l'Élysée lors de l'ouverture du sommet sur la Nouvelle-Calédonie, le 2 juillet 2025. · ©LUDOVIC MARIN / POOL / AFP "Enfumage total", "honte", "trahison"... Après la conclusion de l'accord entre l'État, les indépendantistes et les non-indépendantistes samedi 12 juillet à Bougival (Yvelines), certains internautes se sont montrés extrêmement virulents envers les signataires calédoniens. "Sérieux, tout ça pour ça ? (...) Vous vous êtes couchés, il faut arrêter de chercher à mettre des mots sans saveur pour nous faire avaler une pilule bien amère…", écrit une internaute sous le post d'une élue non-indépendantiste. "Comment il peut parler à la place du peuple kanak alors qu'il vient de signer de nouveaux accords qui sont le contraire de ce qu'il dit ?", peste un autre, à l'attention d'un indépendantiste. Et d'ajouter : "C'est un vrai imposteur ce type (...). J'ai peur du retour au pays pour lui."
Depuis ce week-end, les élus calédoniens qui ont participé au sommet sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie sont visés par des menaces, surtout sur les réseaux sociaux. Face à cette virulence, une protection policière a été proposée par le gouvernement aux représentants calédoniens, a appris France Inter, mardi. Le service de protection de la police nationale, chargé de la protection rapprochée de personnes menacées, est déployé dès à présent à Nouméa pour protéger les élus qui le souhaitent.
Cette montée en tension était attendue par les politiques calédoniens. Pour trouver un compromis, les deux camps ont dû faire des concessions, que ce soit sur le corps électoral pour les uns, ou sur la double nationalité franco-calédonienne pour les autres, par exemple. Sur place, la population reste très marquée par les émeutes de l'année dernière. Reste donc maintenant aux signataires de l'accord de Bougival de convaincre du bien-fondé de la solution trouvée par les partenaires au bout de dix jours de négociations.
Devant le président de la République, samedi soir, le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou (FLNKS) exposait d'ailleurs ces craintes. "Choisir ce chemin qui est difficile, qui est nouveau, c'est aussi se mettre à l'épreuve de la critique. On va se faire insulter, menacer, parce que nous avons choisi un chemin différent (...)", a-t-il dit.
Le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou à l'ouverture du sommet sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, à l'Élysée, le 2 juillet 2025. · ©Ludovic Marin / Pool via AFP "Je sais qu'il y a des risques et qu'il y a des risques sérieux, disait Manuel Valls, le ministre des Outre-mer, lors d'un entretien avec Outre-mer la 1ère lundi soir. Pas politiques seulement. Mais il y a des menaces sur des élections, sur les élus, sur les délégations... Moi, j'appelle au débat, à la confrontation des idées, mais au calme aussi."
La Nouvelle-Calédonie a un lourd passif en termes de violence politique. Au début des années 1980, le secrétaire général de l'Union calédonienne Pierre Declercq était assassiné d'un coup de fusil à son domicile. Son meurtre n'a jamais été élucidé. En 1989, près d'un an après la signature des accords de Matignon, le leader du FLNKS, Jean-Marie Tjibaou, et son bras droit, Yeiwéné Yeiwéné, étaient tués à Ouvéa par un militant indépendantiste radical, opposé aux accords de paix qu'ils avaient signé avec les Loyalistes.
Plus récemment, le débat politique s'est crispé depuis le troisième référendum de 2021 sur l'autodétermination du territoire et la tentative par le gouvernement de dégeler le corps électoral, qui a mené aux violentes émeutes de 2024 (dont le bilan s'élève à 14 morts).
Déjà menacés par le passé, la présidente de la province Sud Sonia Backès et le député Nicolas Metzdorf, représentants de la frange radicale des non-indépendantistes, auraient accepté l'aide proposée par le gouvernement en ce début de semaine pour leur protection et celle de leurs familles. "Ils seront lourdement protégés, plus que certains ministres", précise France Inter, citant une source du ministère des Outre-mer.
"On a démontré qu'on était capable de faire un accord. Il ne faut pas que cela soit mis à mal parce qu'il y aurait ici ou là des extrémistes qui voudraient provoquer une guerre civile, a réagi Manuel Valls face à la multiplication des menaces. L'accord, c'est la meilleure réponse à la peur et aux craintes."

