Madagascar : nomination des premiers ministres du gouvernement Zafisambo sur fond de grève totale des internes - Outre-mer La 1ère
Tandis que les manifestations se poursuivent dans la capitale malgache, Andry Rajoelina poursuit la formation de son nouveau gouvernement. Trois ministres chargés de la sécurité ont été nommés dans la soirée du mardi 7 octobre 2025, mais la rue gronde toujours : les internes des hôpitaux publics passent au service zéro et refusent toute rencontre avec le chef de l’État.
Madagascar : nomination des premiers ministres du gouvernement Zafisambo sur fond de grève totale des internes · ©Hermione Razafinarivo La crise sociale s’intensifie à la Grande Île malgré les appels au dialogue du président malgache. À Antananarivo, le nouveau gouvernement de Ruphin Fortunat Zafisambo se met en place dans un climat de tensions.
Tandis que trois militaires prennent la tête des ministères de la sécurité, les internes des hôpitaux publics durcissent leur mouvement et passent au service zéro. Ils refusent de rencontrer le président Andry Rajoelina, accusé de vouloir étouffer la contestation.
Le général Ruphin Fortunat Zafisambo a officiellement pris ses fonctions de Premier ministre hier soir, à l’issue d’une cérémonie de passation avec son prédécesseur Christian Ntsay.
Dans la foulée, les premiers membres du nouveau gouvernement ont été annoncés. Trois portefeuilles stratégiques liés à la sécurité ont été attribués à des officiers supérieurs :
Cette orientation très militaire suscite des interrogations dans un contexte de forte contestation. Pour sa première sortie officielle, le Premier ministre Zafisambo a inspecté les travaux d’une centrale solaire dans la région d’Antananarivo, tandis que le président Andry Rajoelina a réaffirmé sur ses réseaux sociaux sa priorité : "D’ici un an, les coupures d’électricité à Antananarivo seront de l’histoire ancienne".
Il a annoncé dans la foulée le lancement d’un parc solaire de 100 mégawatts le long de la Rocade Tsarasaotra-Ivato, dont les travaux doivent débuter "dans une semaine, dix jours au plus tard".
Pendant que le chef de l’État tente d’afficher une image d’action, la colère monte dans les hôpitaux. Les internes des CHU, CHRR et CSB2 de tout le pays ont décidé ce mercredi de passer au service zéro, suspendant toute activité médicale non urgente.
Ils dénoncent des conditions de travail déplorables et des indemnités de stage dérisoires, fixées à 1 200 ariary par jour, soit environ 20 centimes d’euro.
Leurs revendications portent sur la revalorisation immédiate de l’allocation de stage, la révision de la grille indiciaire et la rénovation des infrastructures hospitalières, jugées vétustes. Le mouvement, déjà amorcé mardi avec un service minimum, s’est durci après qu’un interne a été blessé lors des manifestations à Anosy.
Madagascar : nomination des premiers ministres du gouvernement Zafisambo sur fond de grève totale des internes · ©Hermione Razafinarivo Madagascar : nomination des premiers ministres du gouvernement Zafisambo sur fond de grève totale des internes · ©Hermione Razafinarivo Un dialogue national déjà fragiliséLe président Andry Rajoelina avait pourtant appelé à un "grand dialogue" avec les syndicats, les jeunes manifestants, les étudiants et les représentants de la société civile. Cependant, la défiance demeure. Le parti Unity a décliné l’invitation, réclamant d’abord la fin des violences.
La “Gen Z d'Ankatso", très active sur les réseaux sociaux, a qualifié cette initiative de "mascarade politique" et prévenu que toute participation serait assimilée à une trahison du peuple malgache.
Même plusieurs médias indépendants ont annoncé leur boycott de la rencontre, dénonçant l’absence de garanties sur la liberté de la presse et la sécurité des journalistes.
Ce mercredi après-midi, Andry Rajoelina recevra une délégation de jeunes manifestants, des associations de jeunes, des syndicats au Palais d'Iavoloha... L'idée est d'échanger pour tenter de sortir de la crise, car "c'est le seul moyen de sortir de la crise", selon le président malgache.
Les jeunes médecins des hôpitaux publics exigent désormais "des excuses publiques des forces de l’ordre" et refusent catégoriquement de participer à la rencontre prévue cet après-midi.
Entre répression des manifestations, colère des étudiants, des médecins et méfiance des syndicats, le gouvernement Zafisambo entame son mandat dans un climat explosif. Les promesses de stabilité et de relance énergétique d’Andry Rajoelina peinent à convaincre, alors qu'Antananarivo reste marquée par les tensions et la défiance.
