"Pressions croissantes et menaces", management "toxique", enquêtes en cours contre le président... la crise fragilise le Mucem - France 3 Régions
Le Mucem dans la tourmente, les employés perdent confiance en la direction. • © imageBROKER/Joko Maxppp Mélanie Philips Publié le11/04/2026 à 11h13 Temps de lecture : 3 min Provence-Alpes-Côte d'Azur France3 Régions sur Facebook (Nouvelle fenêtre) France3 Régions sur WhatsApp (Nouvelle fenêtre) copier le lien Ajouter comme source préférée Visé par une enquête pour harcèlement sexuel et moral, le président du Mucem conteste les faits. En parallèle, une investigation administrative met en lumière un malaise profond au sein de l’établissement marseillais.
Le Mucem est aujourd’hui au cœur d’une crise majeure mêlant enquête judiciaire, investigation administrative et contestation interne. En effet, un agent du musée a saisi la cellule anti-harcèlement du ministère de la Culture, accusant Pierre-Olivier Costa, président du Mucem, de faits de harcèlement sexuel et de harcèlement moral. Une enquête a été ouverte par le parquet de Marseille, a appris fin mars la Cellule investigation de Radio France, confirmant une information de Blast.
Interrogé sur France Inter, Pierre-Olivier Costa conteste fermement les faits qui lui sont reprochés, tout en affirmant la nécessité de respecter la parole des victimes présumées. "Je veux dire que c'est la victime présumée qui doit avoir aujourd'hui tous nos égards et ne pas dénoncer cette parole, même si je connais la vérité", indique Pierre-Olivier Costa à France Inter. "Dans ces affaires-là, il ne faut pas oublier que les droits des victimes, en tout cas déclarées, sont importants", insiste le président du Mucem. Il souhaite s'adresser "à l'ensemble des personnels du Mucem pour leur dire que s'ils ont affaire à des comportements d'agression sexuelle, de harcèlement moral, c'est important qu'ils sachent qu'il faut qu'ils utilisent leurs droits, qu'ils s'expriment". "C'est évidemment primordial", ajoute-t-il.
Si une main courante a été déposée, aucune plainte n’a été enregistrée à ce stade. Pierre-Olivier Costa, qui connaît l'agent qui a fait le signalement au ministère de la Culture, assure que "ce signalement, le ministère l'a pris et c'est normal, avec la plus grande attention. Mais il faut juste rappeler qu'il n'y a pas de plainte de cette personne à mon encontre", dit-il.
En revanche, en parallèle, le ministère de la Culture a saisi l’Inspection générale des affaires culturelles (IGAC) afin de conduire une enquête administrative. Celle-ci dépasse le seul cadre des accusations individuelles et s’intéresse plus largement au climat social au sein du musée. Selon plusieurs sources syndicales, de nombreux agents ont été entendus, signe d’un besoin de prise de parole dans un contexte déjà tendu.
Et au-delà de la procédure judiciaire, c’est le fonctionnement même de l’établissement qui est remis en cause. Depuis l’arrivée de Pierre-Olivier Costa à la tête du musée en novembre 2022, plusieurs alertes ont été émises concernant un climat de travail dégradé. Des syndicats et des salariés évoquent un management jugé "toxique", marqué par des réorganisations fréquentes, des tensions internes et un sentiment de dévalorisation du travail.
Mais ces difficultés ne sont pas nouvelles. Dès 2023, les représentants du personnel avaient alerté la direction sur des conditions de travail jugées préoccupantes. En 2024, la médecine du travail avait à son tour signalé une hausse significative des troubles liés au stress professionnel. Des témoignages recueillis évoquent une organisation sous pression constante, des changements d’orientation répétés et une communication interne jugée confuse.
La crise actuelle a provoqué une mobilisation inhabituelle au sein de l’établissement. Selon la Cellule investigation de Radio France une large majorité des agents s’est réunie pour exprimer son inquiétude face à la situation. Une lettre ouverte, signée par 79 salariés, fait état d'un "malaise croissant" et dénonce "une absence de considération", notamment en raison de "pressions croissantes et menaces" depuis le démarrage de l'enquête administrative et de la "persistance à ne pas prendre en compte les risques psycho-sociaux".
Face à l’ampleur de la crise, les organisations syndicales, CGT-Culture et la CGT des musées et domaines, réclament la suspension à titre conservatoire du président pendant la durée de l’enquête administrative, dans un communiqué de presse publié le 9 avril. Une demande qui, pour l’heure, n’a pas été suivie d’effet.
La direction a mis en place une cellule de soutien psychologique, dont les modalités ont été critiquées par certains agents, notamment en raison du recours à un prestataire extérieur.
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